Les lanceurs d’alerte pour le succès des entreprises


Date : 23/06/2020

Les lanceurs d’alerte pour le succès des entreprises

Les entreprises qui encouragent les dénonciateurs peuvent voir ce qui se passe réellement, et peuvent transformer un aperçu en avantage commercial *)

Les faits montrent que les lanceurs d’alerte veulent améliorer les choses, tant pour leurs entreprises que pour leurs clients. Pourtant, de nombreuses entreprises ignorent les dénonciations internes ou, pire encore, exercent des représailles contre ceux qui les donnent. Cette approche est de plus en plus contestée, car les faits montrent également que les entreprises ignorent les dénonciateurs à leurs risques et périls.

En 2013, Howard Wilkinson, l'un des négociateurs seniors de la Danske Bank en Estonie, avait besoin d'informations sur un client enregistré au Royaume-Uni. Wilkinson a vérifié les coordonnées de l'entreprise dans le registre des entreprises du Royaume-Uni, qui l'a inscrite comme dormante. Il savait pourtant qu'elle effectuait des transactions d'une valeur allant jusqu'à 20 millions de dollars par jour. Il a également découvert que la société à capitaux russes partageait une adresse à Londres avec 64 autres sociétés détenant des comptes auprès de la Danske Bank, et qu'elle était reliée à des centres bancaires offshore connus pour leur secret.

Trouvant des tendances similaires dans les dossiers d'autres clients, Wilkinson a averti les dirigeants que la banque avait enfreint de nombreuses exigences réglementaires, en manipulant de vastes sommes d'argent sans faire preuve de la diligence requise. Mais ils l'ont ignoré. Empêché par les lois danoises sur le secret bancaire de rendre compte à un superviseur externe, Wilkinson a démissionné en 2014 - ignorant qu'il avait découvert le plus grand scandale de blanchiment d'argent de l'histoire.

Révéler la corruption à une échelle époustouflante

Bien que les auditeurs internes aient rapidement soulevé des préoccupations similaires, la Danske Bank n'a pas commandé d'enquête indépendante avant 2017, après que les médias ont eu commencé à sonder ses transferts d'argent. L'enquête a révélé que 234 milliards de dollars américains avaient transité par la succursale estonienne entre 2007 et 2015 sans que les contrôles de blanchiment d'argent soient adéquats.

Fin 2018, les procureurs danois ont accusé la Danske Bank d'avoir insuffisamment contrôlé les transactions et d'avoir mené des recherches sur les ayants droits économiques de ses clients. Les dirigeants ont été accusés d'avoir enfreint les lois danoises contre le blanchiment d'argent, et en février 2019, l'autorité de régulation financière estonienne a ordonné à la banque de quitter le pays dans les huit mois. Elle a ensuite annoncé son retrait d'Estonie, de Lettonie, de Lituanie et de Russie.

La valeur des actions de la Danske Bank a diminué de moitié en 2018, et avec les enquêtes en cours au Danemark, en Estonie, en France, en Allemagne, en Suède, au Royaume-Uni et aux États-Unis, elle s'attend à des amendes de plusieurs milliards de dollars.

La dénonciation pour la santé à long terme des entreprises

Le scandale souligne pourquoi les actionnaires exigent de plus en plus des programmes efficaces de dénonciation. Les entreprises qui encouragent et écoutent les dénonciateurs signalent aux investisseurs et au public qu'elles donnent la priorité à la gestion des risques, à la responsabilité sociale et à l'intégrité, soutenant ainsi la création de valeur à long terme. 

En 2018, des universitaires ont analysé 1,2 million de rapports internes anonymes rédigés par des employés d'entreprises publiques américaines. Ils ont constaté que les dénonciateurs sont essentiels à la réalisation des objectifs de l'entreprise, y compris la rentabilité. Ils permettent aux entreprises de s'attaquer aux comportements fautifs avant que leur responsabilité ne soit engagée et d'obtenir des sanctions plus légères en se déclarant volontairement auprès des autorités de régulation et supervision. L'analyse a révélé que plus les employés utilisent les lignes d'assistance téléphonique internes pour les dénonciations, moins les entreprises sont poursuivies en justice et moins elles paient d'indemnités. Les dénonciateurs sont clairement un atout précieux, mais ils ne sont souvent pas traités comme tels.

Lorsque Courtland Kelley, inspecteur de la qualité chez General Motors (GM) aux États-Unis, a signalé des problèmes de sécurité des produits à ses supérieurs, la société l'a mis sur la touche, ce qui a fait craindre aux inspecteurs de sécurité de parler. En 2014, GM a fait l'objet d'une enquête pour un défaut responsable de nombreux accidents et de 124 décès, peut-être évitables si la société avait encouragé une culture de dénonciation. Les employés étaient au courant de la défaillance, mais n'ont pris aucune mesure.

GM a dû payer plus de 1,5 milliard de dollars d'amendes et de compensations. Elle a également payé plus de 3 milliards de dollars pour le rapatriement de 30 millions de véhicules dans le monde entier, et a subi un préjudice incalculable pour sa réputation et ses ventes.

La valeur de l'écoute

Comme Kelley, l'ancien partenaire d'EY, Amjad Rihan, a été maltraité par la direction lorsqu'il a fait part de ses inquiétudes lors d'un audit de clients à Dubaï en 2013. Rihan a découvert que Kaloti Jewellery International avait expédié de l'or argenté du Maroc pour éviter les restrictions à l'exportation. Il soupçonnait également un blanchiment d'argent par le biais de 5,2 milliards de dollars d'or, provenant peut-être de pays exportant des minéraux de conflit.

Après avoir fait part de ses conclusions à l'autorité de régulation de Dubaï, M. Rihan a déclaré qu'il avait été mis sous pression à EY pour les modifier. Les patrons d'EY auraient ensuite aidé Kaloti et l'autorité de régulation à dissimuler les découvertes. Craignant pour sa vie, Rihan s'est enfui en Grande-Bretagne et a démissionné.

Incapable de trouver un emploi comparable, il a poursuivi EY pour avoir porté atteinte à sa réputation. En avril 2020, la haute cour de Londres a déclaré qu'EY avait enfreint le code éthique des comptables en traitant avec Kaloti, et avait manqué à son devoir envers Rihan. Elle a condamné EY à lui verser une indemnité de 10,8 millions de dollars US.

Bien qu'EY ait l'intention de faire appel, le jugement menace l'image de marque de l'entreprise et envoie un message clair que les dénonciateurs d'entreprises peuvent contester avec succès les comportements contraires à l'éthique à l'extérieur, lorsqu'une entreprise traite de manière inadéquate en interne.

User les informations d'initiés

Selon l'Association of Certified Fraud Examiners les dénonciations permettent de découvrir plus de fraudes que toute autre méthode. Mais un changement de culture est souvent nécessaire avant qu'ils ne soient considérés comme un atout de business.

Beaucoup de gens se sont demandé où se trouvaient les dénonciateurs dans le scandale des émissions de Volkswagen en 2015. Leur absence dans un système aussi répandu souligne leur rôle crucial, tant pour les employeurs que pour la société et la nécessité de les encourager et de les protéger. Elle montre également l'importance d'une culture d'entreprise, qui garantit que chacun comprend sa responsabilité de signaler les mauvaises pratiques et sait comment le faire. 

Des entreprises comme la Danske Bank, GM et EY servent beaucoup mieux leurs clients et elles-mêmes si elles écoutent lorsque des employés inquiets les dénoncent. Pour ce faire, elles doivent fournir des mécanismes de signalement comportant quatre éléments essentiels : un encouragement actif à prendre la parole, des canaux de signalement accessibles et confidentiels, des systèmes de réponse efficaces et une protection solide des utilisateurs, des dénonciateurs contre les représailles.

Bien que tous les signalements ne révèlent pas de mauvaises pratiques, ils permettent aux entreprises d'avoir un aperçu opportun de ce qui se passe réellement, afin qu'elles puissent régler les problèmes bien avant qu'ils ne dégénèrent en scandales.

*) Ce texte est une traduction d'un document de Transparency International (TI) et qui concerne une information générale que le mouvement TI voudrait faire circuler à l'occasion de la Journée mondiale des lanceurs d'alerte.